Traite des êtres humains: Genève se veut proactive

Tribune de Genève – 17.10.2017

A l’occasion de la Journée européenne de lutte contre cette forme d’esclavage moderne, les témoins sont encouragés à se manifester. «Trop de gens ignorent encore la traite des êtres humains chez nous, sans doute parce qu’elle se déroule dans la clandestinité. Mais Genève n’est pas épargnée», rappelle Anne-Marie von Arx-Vernon, responsable des relations publiques du foyer Au Cœur des Grottes, engagé depuis des années dans la lutte contre ce fléau.

La Journée européenne du 18 octobre, consacrée à la traite des êtres humains, doit permettre de sensibiliser le public. Et inciter les témoins à se manifester. «Nous avons besoin de l’aide de tous pour identifier les victimes et leur apporter le soutien nécessaire», recommande Alain Bolle, directeur du Centre social protestant (CSP), moteur d’une campagne d’affichage lancée pour une durée de deux semaines sur les principaux axes routiers du canton, ainsi que sur les écrans digitaux à la gare Cornavin. Cette action est d’autant plus importante qu’elle fait la promotion de la ligne téléphonique 0800 20 80 20, assurée par le service juridique du CSP, qui donne aux victimes et témoins de la traite aide et information.

«La population doit prendre conscience qu’en gardant le silence, on devient complice, avertit Anne-Marie von Arx-Vernon. Les victimes n’osent pas s’exposer de peur des représailles. La traite des êtres humains part souvent de fausses promesses et de passeports confisqués.»

Cette forme d’esclavagisme des temps modernes consiste à recruter des personnes, à offrir leurs services, à les transférer, à les entremettre par le biais d’intermédiaires, à les héberger ou à les accueillir en vue de leur exploitation. La traite ne concerne pas que les personnes abusées sexuellement et contraintes à la prostitution. Une part plus cachée concerne un trafic d’êtres humains à des fins d’exploitation de leur travail. Le prélèvement d’organes forcé est aussi reconnu comme un délit assimilé à cette traite.

Le Code pénal prévoit une privation de liberté pouvant aller jusqu’à vingt ans.

«La lutte contre la traite nécessite une coopération renforcée entre les différentes entités et une sensibilisation du grand public», précise Catherine Lance Pasquier, secrétaire générale adjointe au Département de la sécurité et de l’économie (DSE), qui pilote une table ronde réunissant, depuis 2010, autorités compétentes et société civile. On y trouve notamment le Cœur des Grottes et le CSP, mais aussi le Centre LAVI de consultation pour victimes d’infractions. «Nous sommes intervenus dans 7 situations de traite en 2015, 19 en 2016 et déjà autant depuis le début de cette année, indique son directeur, Vasco Dumartheray. Les choses bougent.» Anne-Marie von Arx-Vernon abonde: «A Genève, on a la volonté politique de rendre visible l’invisible.»

Le patron du DSE, Pierre Maudet, ne peut que se réjouir de ce constat: «L’Office fédéral de la police nous considère comme un canton proactif.» Et le magistrat prévoit de renforcer l’action de la Brigade genevoise de lutte contre la traite des êtres humains et la prostitution illicite, unique en Suisse, en 2018.

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